Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swim in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération". Nicolas de Rouyn



samedi 1 novembre 2014

La non-affaire de Pontet-Canet

L’histoire du second vin de Pontet-Canet, les-hauts 2012, exclu de l’appellation pour de sombres raisons, est exemplaire d’un état de mauvais esprit, une fausse piste. Plutôt que de redire éternellement les choses, je préfère re-publier un commentaire laissé par un lecteur, une lectrice, sur le post qui racontait l’éviction de Jérôme Bressy de son appellation. Il se trouve que ce petit commentaire est un modèle du genre et c’est la raison pour laquelle je le porte à la connaissance du plus grand nombre. Le voilà :

« L’exclusion de l’excellence (pardon pour tous ces x dans le texte), est décidément un sport national. Les entreprises françaises se sont fait une expertise de chasser pour hérésie quiconque perce leur plafond trop bas. Combien de gens talentueux, au lieu d’être reçus comme une chance par les structures qui les ont vus éclore, sont poussés dehors par les dites structures ? Cette aberration présente du moins une session de rattrapage : les entreprises s’achètent ensuite à prix d’or ce qui leur était offert. Le talent, subversif à l’intérieur, devient délectable quand, passé à l’extérieur, il a muté en sacro-saint "think out of the box" et vaut beaucoup d’argent. Ça paraît absurde, économiquement ça l’est un peu, mais beaucoup moins que ce à quoi jouent les AOC. Au moins les entreprises peuvent-elles, en payant, profiter du meilleur, de l’innovation réussie. 

Tandis que les AOC n’ont aucun moyen de rattraper le talent chassé. Appellation d’origine contrôlée. Pas appellation de règle, mais d’origine. Si l’origine peut offrir demain mieux qu’hier : plus de génie, d’innovation délicieuse, de chances économiques, l’origine a un avenir. Mais une fois le génie, l’innovation et la chance congédiés, l’AOC reste toute triste, toute terne, toute bête, bornée. L’étoile née ici le voudrait-elle que, même pour un pont d’or, elle ne pourrait plus rétroéclairer ce qui l’a aidée à éclore. Et si les AOC pratiquaient, au lieu du culte de leurs règlements, la loi de la nature, la réciprocité : je t’ai aidé à naître au grand jour, tu m’aides à monter au firmament en me montrant la voie de l’évolution de mes statuts ? 
On peut toujours rêver en regardant filer les étoiles dans le ciel d’hiver où elles sont si rares. »

Merci, cher-chère anonyme. C’est très finement dit.





La photo : l’un des chevaux de Pontet-Canet, photographié par Mathieu Garçon
Pour comprendre ce qu'il se passe à Pontet-Canet, cliquez ici