Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



lundi 16 octobre 2017

Le cinq majeur de Pierre Arditi chez Taillevent


L'acteur a fait le sommelier


Parmi tous les déjeuners auxquels j’ai eu le bonheur d’assister ces derniers temps, il y en a eu un, immense, on aurait dit la mère de toutes les agapes.
C’était chez Taillevent, la nouvelle destination d’Antoine Pétrus, avec les frères Gardinier et Pierre Arditi. Il suffit de cet énoncé pour tout comprendre, on s’est bien marré.
Thierry et Laurent Gardinier, propriétaires des lieux, ont inventé il y a quelques années une bonne idée : laisser un grand amateur choisir cinq vins au sein de la cave du restaurant et confier au chef Alain Solivérès le soin d’accorder un menu original. John Lanchester, écrivain anglais, Jay McInerney, écrivain américain, se sont déjà exécutés. Une année, on a même convoqué les mânes de Curnonsky pour leur demander leur avis.
C’est toujours drôle de voir un vrai gourmand comme McInerney expliquer toutes les raisons qui ont conduit ses choix. Pierre Arditi, plus français, plus connaisseur, n’est pas moins drôle quand il prend son air sérieux pour justifier tel ou tel vin alors qu’on sait tous très bien qu’il en avait juste une envie dévorante. Pierre est un curieux, un vrai passionné avec tous les excès et les accès de mauvaise foi qui caractérisent les passions singulières. Il est un authentique bon vivant, heureux propriétaire d’une belle et vaste cave, on n’en voit pas si souvent. Son choix est celui de l’honnête homme, du Parisien de souche, il a compris qu’il est au Taillevent, lieu d’histoire et de mémoire, une gastronomie d’harmonie, la clientèle en rapport.

Voici sa liste des vins et des plats accordés :

- Clos des Goisses, champagne 2005, Philipponnat.
Tourteau de casier au naturel aux deux caviars,
- Silex, fumé de Pouilly 2010, D. Dagueneau.
Aiguillette de saint-pierre nacré, algue marine, huître et salicorne,
- Saumur-champigny 2005, Clos Rougeard.
Côte de veau du Limousin en tranche épaisse aux saveurs automnales,
- Côte-rôtie 2007, Domaine Jamet.
Filet de chevreuil rôti, noisettes éclatées, coing, cassis et potiron,
- Sauternes, crème de tête 1983, Château Gilette.
Croustillant mangue-passion, sorbet citron-vanille.


Ils ont bien rigolé, Arditi et Solivérès. Le déjeuner façon Club des 100 avec des vins pareils, il faut avouer que l’après-midi était vaincue. Merci pour ça, les garçons.

Comme il se doit, dès le lendemain, il s’est trouvé un grand sachant pour exposer que ces choix étaient très « classiques », le mot soufflé mezzo-voce comme si c’était une grossièreté. Là, c’était un MW français, oublieux des réalités, sans doute. Pourtant, je croyais que les MW étaient des as du commerce du vin. Pas lui, sans doute. Bon.
Cette réalité, c’est :
- que ce menu et ces vins sont proposés à la clientèle de Taillevent,
- qu’à partir d’un certain niveau de luxe, le sujet n’est pas la découverte,
- qu’il ne faut pas confondre une institution parisienne avec un club de dégust’.
Ajoutons que le classicisme est l’une des quelques très bonnes raisons de courir chez Taillevent. Avant de courir, réservez.


Taillevent, 01 44 95 15 01 

La photo : © WeShoot