Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swim in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération". Nicolas de Rouyn



lundi 22 septembre 2014

Christian Seely, à grandes enjambées

Christian Seely est un Anglais qui, depuis 20 ans, est un patron français. Il est l’homme d’AXA Millésimes, filiale de l’assureur, partout dans le monde. En dirigeant Quinta do Noval dans la vallée du Douro au Portugal qui produit le meilleur porto qui soit, ou Disnoko en Hongrie, un tokay de haute volée, il exporte le savoir-faire français.
 À la tête de Pichon-Baron à Pauillac, de Petit-Village à Pomerol ou de Mas Belles Eaux dans le Languedoc, il parcourt le monde en ambassadeur polyglotte de ses vins d’exception.



Dans tous les cas, son terrain de jeu est immense et lui, il est partout.
Et si les excellentissimes bourgognes du Domaine de l’Arlot représentent une part infime des 2,4 millions de bouteilles qu’il a la charge de diffuser, il en est très fier et il cherche à agrandir ce domaine à tout prix. Ou presque. Chez AXA, on fait très attention à la pertinence des investissements et maintenant qu’une ouvrée (425 m2 soit 1/23e d’hectare) de chambertin s’échange pour 1,2 million d’euros, agrandir son emprise foncière sur les côtes de Beaune et de Nuits n’est pas une affaire simple.
Quand il est arrivé en 1993 dans ce désert humain qu’est le Douro, il savait que la tâche qui l’attendait était titanesque. La Quinta do Noval avait traversé une longue période de déclin. Il fallait tout reprendre en s’appuyant sur d’antiques techniques de vinification qu’il n’était pas question de moderniser. Il attendra le millésime 1997 pour voir enfin le ciel s’ouvrir. Robert Parker lui attribue deux fois 100 points pour les deux grandes cuvées de la quinta.
En Hongrie, le scénario est le même. Cinquante années de communisme avaient mises à mal le vignoble de Tokay. « Le tokay est un des plus grands vins du monde, le vin des cours royales d’Europe. L’idée qui nous animait était de ne pas passer à côté de la renaissance de quelque chose de très grand, de travailler à la restauration de cette région, à son retour au premier plan, faire partie de cette histoire. Tout ceci plaisait beaucoup à Claude Bébéar et ce que nous avons exécuté. Être présent au Portugal et en Hongrie était visionnaire pour l’époque et je n’ai fait que développer cette stratégie. » L’humilité du propos ne doit pas cacher l’excellence des résultats. Aujourd’hui, les ventes des tokays de Disnoko sont en progression constante depuis quelques années. Les portos de la Quinta de Noval ont retrouvé le rang perdu, le premier.
Ces deux propriétés françaises sont rentables et portent haut leurs couleurs respectives. Cela dit, le jour où il s’est décidé à devenir vigneron pour son propre compte, en plus de ses activités chez AXA Millésimes, il a choisi le Hampshire plutôt que la Marne pour planter des chardonnays et des pinots et réaliser un grand vin effervescent sur le modèle champenois. On ne se refait pas.



Photo Fabrice Leseigneur. Cet article a été publié sous une forme différente dans Les Échos-Série limitée du 12 septembre 2014