Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération". Nicolas de Rouyn



jeudi 1 mars 2012

L’hiver, à quoi ça sert ?


Oui, ça sert à quoi d’avoir froid comme ça ? Le court épisode gla-gla que nous avons connu fin janvier, début février a donné lieu à beaucoup de commentaires, d’émotions, de prédictions, de j’vous-l’avais-bien-dit. Dans le vignoble, en revanche, on a un peu repoussé les travaux de taille, à peine, on a bu un coup et on a fait du feu dans la cheminée. Il faut dire que, jusqu’à un certain point, un bon coup de gel est une aubaine pour la plante.
Ce que Guillaume Puzo, dégustateur émérite, fin connaisseur de la vigne et membre de la dream-team Bettane+Desseauve, nous explique ci-dessous.

« L’urbanisation galopante entamée à la fin du XXe siècle nous fait souvent perdre de vue les cycles des saisons et les bienfaits des rigueurs du climat. En ce qui concerne la vigne, un hiver marqué par des épisodes de gel fera le plus grand bien à la plante, les effets bénéfiques concernant également les sols et la lutte contre les parasites de la vigne.

Sur les sols

Tout au long de l’année, le passage des engins agricoles, des chevaux ou des hommes va progressivement tasser la terre. Le gel permet de les décompacter de façon tout à fait naturelle, grâce à deux actions distinctes. À cette période de l’année, lorsque les températures virent au négatif, l’humidité présente dans les sols se transforme en eau gelée, faisant ainsi éclater les mottes de terre en les fragmentant. À l’inverse, les particules d’argile vont se dessécher lors d’un gel, pour se ré-humidifier lors du dégel, et leur variation de volume contribue également à la fragmentation des mottes de terre.
Un sol ainsi décompacté respire, une aération qui permet le développement des micro-organismes (vers de terre, bactéries) indispensables au bon équilibre de la terre. Décompacté et fragmenté, le sol favorisera l’infiltration de l’eau qui, en ne stagnant pas en surface et en ne ruisselant pas, limite l’érosion puisque les pluies d’hiver peuvent pénétrer en profondeur. Enfin, ce labour naturel favorise une bonne pénétration des racines, celles-ci pouvant se frayer un chemin plus aisément que dans un sol compact et dur.


Sur les ravageurs et autres maladies de la vigne
L’hiver protège également la vigne contre ses maladies cryptogamiques les plus courantes, le mildiou et l’oïdium. Si le mildiou résiste à des gelées allant jusqu’à -20 ou -25°C, un froid extrême peut en éliminer les foyers. Un froid hivernal et printanier va retarder son apparition, mais un hiver doux et humide accroîtra le risque d’attaque au printemps. Quant aux différentes formes d’oïdium, leurs réactions face au gel peuvent varier. Dans les vignobles méridionaux, des températures négatives permettront de détruire le champignon. Dans les régions où l’oïdium résiste au gel, un froid hivernal prolongé ne le détruira pas mais retardera son développement printanier. Dès la fin de l’hiver, les vignerons savent à quoi s’en tenir quant aux risques de développement de ces deux maladies et anticiper les travaux à envisager.


Sur la vigne elle-même
La vigne a besoin de phases de rupture dans ses cycles annuels, un hiver marqué lui permet de reprendre son souffle. En effet, un épisode de froid intense force la sève à descendre dans les racines, une étape nécessaire au bon démarrage de la saison suivante, notamment en permettant à la plante de se reposer mais également de ne pas démarrer trop vite un nouveau cycle végétatif, un débourrement tardif rendant la vigne moins sensible aux gelées de printemps. Cependant, le gel n’aura pas les mêmes conséquences selon la période à laquelle il survient, et selon les organes de la vigne qui sont touchés.
Un gel d’hiver, tant que les températures ne descendent pas en dessous de -20°C, n’affectera pas les éléments aoûtés, comme le tronc ou les sarments. Toutefois, de tels événements climatiques sont assez rares en France. Le vignoble français a encore en mémoire le gel terrible de février 1956, avec des relevés de température à -30°C, causant des dégâts considérables sur les pieds de vigne mais aussi les oliviers et tous les arbres en général (cette année-là, on traversait le Tarn gelé à pied). Ces épisodes de froids extrêmes, entraînant la mort de la souche, demeurent assez rares. Des gelées moins intenses, mais étalées dans le temps, affaibliront également la vigne en la blessant ou en faisant éclater les bois, ou en la rendant plus sensible à certaines maladies du bois comme l’esca ou l’eutypiose.


Un gel de printemps n’aura pas les mêmes effets. Susceptibles de survenir jusqu’aux fameux saints de glace (Saint-Mamert, Saint-Pancrace et Saint-Servais, les 11, 12 et 13 mai), ces gelées peuvent être fatales aux éléments verts de la plante (bourgeons, feuilles, etc.), ces derniers grillent aux alentours de -3°C. Certains vignobles, la Champagne notamment, ont d’ailleurs mis au point des techniques efficaces de lutte par aspersion d’eau, la gangue de glace (à 0°C) qui emprisonne alors le jeune bourgeon le protégeant des températures trop froides. D’autres, comme Chablis, utilisent encore les traditionnelles chaufferettes, disséminées au cœur des vignes, afin qu’un halo diffus de chaleur (relative) maintienne les températures de l’air au-dessus de 0°C. Plus fréquentes que les grandes gelées d’hiver, les gelées de printemps sont les plus redoutables. Elles peuvent en quelques heures annihiler tout espoir de récolte, et ce avant même que la saison ait commencé. »

Les photos des vignes du château Sainte-Roseline, en Provence, ont été prises par Aurélie Bertin. La photo d’Yquem provient du site du domaine. Et celle de la Romanée-Conti et sa croix de pierre du XIVe siècle… je ne sais pas, donc D.R.

4 commentaires:

  1. J'adore et j'en redemande!!!! Merci merci.....

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  2. Ca donne le frisson !

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  3. Et la neige?!? L'apport d'azote de l'air?!?

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  4. Merci pour cet article très intéressant qui sort des sentiers battus sur le thème de l'hiver.... et redonne ses droits à la nature !

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