Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swim in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération". Nicolas de Rouyn



mardi 12 juin 2012

Vous aussi, directeur ? L'éveil d'une vocation


Vous aussi, vous voulez diriger un château à Bordeaux ? Vous avez lu cet article et vous vous dites que vous aussi… Avant d’envoyer votre CV à tout le monde, lisez ce qui suit et demandez-vous si vous êtes capable de faire tout ce qui y est décrit. Si non, ne changez pas de métier, vous êtes très bien dans vos pantoufles.

Quelles sont les missions attribuées à ces professionnels ? Tout. Tout ce qui concerne la vie d’une entreprise vitivinicole.

La vigne, d’abord. Prendre la mesure de l’état du vignoble. Envisager les arrachages et les replantations. La hauteur du palissage. La qualité des porte-greffes. Estimer les besoins en drainage. Se pencher sur la parcellarisation du vignoble en fonction du sous-sol. L’étudier. Engager un chef de culture si le besoin s’en fait sentir. En fait, le besoin s’en fait sentir.

Le chai. Tout savoir des techniques et des matériels de pointe. Etre incollable sur le tri optique. Repenser toute la chaîne de réception des vendanges. Vouloir le gravitaire. Se faire une religion, ou pas, sur la cuvaison. Bois, inox, béton. Rencontrer des tonneliers. Savoir juger une chauffe. Commander des centaines de barriques pour une petite fortune et bien dormir, le soir même. Réfléchir à de plus grands contenants. Théoriser sur le boisé d’un vin. Engager un maître de chai (tout de suite).

La « green-attitude ». Comprendre les enjeux du bio. Tenter, peu à peu, de les appliquer. Prier le ciel. Réduire la consommation d’eau du chai. Prévoir des bassins d’épuration. Réfléchir au poids des bouteilles. Acheter une paire de percherons. Passer chez Pontet-Canet voir comment ça se passe. En faire grand cas. Hésiter. Plonger. Ou supporter le mépris de ceux qui ont plongé.

Les critiques. Le vin est un monde cruel. Partant du principe que toute activité qui requiert l’adhésion du public s’expose à des rejets, le directeur fera bien d’entretenir de bonnes relations avec tous les critiques, grands ou petits, reconnus ou autoproclamés. Tout en sachant que ça ne sert à rien, les critiques importants, c’est-à-dire utiles, ne tenant aucun compte de la qualité de leurs relations, mais jugeant seulement ce qu’ils ont dans le verre. Ils n’ont besoin que d’une minute pour ruiner une année de travail. Le savoir. Être prêt. Psychologiquement, s’entend.

Le commerce. Être présent dans tous les salons. New-York, Londres, Hong-Kong, Sao Paulo, Shanghai, Paris, Bruxelles. Recommencer ce circuit plusieurs fois par an. Aimer l’avion. Parler anglais. Avoir une carte pour les miles gratuits, la Gold Flying Blue, c’est mieux. Entretenir des rapports cordiaux avec les négociants sans céder à leurs oukases. Rencontrer des importateurs. Sécuriser les paiements. Se préoccuper des contrefaçons. Compter les sous.

La communication. Se donner une image et s’y tenir. Répondre sans bégayer aux interviews et se faire photographier. Etre photogénique, autant qu’il est possible. Changer de costume. Engager une attachée de presse. Y croire. Organiser plein de voyages de presse. Ne pas en attendre de miracles. Dîner dans de grands restaurants, convaincre les sommeliers de s’intéresser à votre vin. Réfléchir à une modernisation des étiquettes. Créer des micro-cuvées pour faire parler du domaine. Ou refuser de le faire et dire pourquoi. Avoir une stratégie lisible (c'est-à-dire facile à comprendre pour un journaliste, faites simple).

Le job. Convaincre votre patron-propriétaire que vous êtes l’homme de la situation, même par temps de grêle. Lui faire comprendre le sens de votre action. L’inciter à investir. Lui faire signer des devis stratosphériques avec un bon sourire. Faire valoir vos résultats. Former ses enfants qui, un jour, vous remplaceront ou tenteront de le faire. Vous faire augmenter. Rencontrer d’autres propriétaires, les rendre jaloux de ne vous avoir pas engagé. Saluer Bernard Magrez dans les salons. Lui rappeler que vous avez passé des années délicieuses avec lui. Ne pas tenir compte de son air dubitatif.

Être le meilleur en tout et le faire comprendre à tout le monde, tout le temps. D’ailleurs, c’est aujourd’hui le minimum requis dans tous les métiers sérieux. Sinon, il y a une autre solution, ici

La photo : Un directeur et un critique. Les relations sont cordiales, c’est déjà beau. Elles peuvent devenir plus rugueuses.
Photo Guy Charneau.

8 commentaires:

  1. Deloin, la seule solution pour l'attitude versus la critique : être le plus neutre possible.
    Situation quasi impossible quand on est demandeur, je le reconnais.
    Il n'empêche : de plus en plus je constate à quel point des critiques, même parmi les plus sérieux, juste histoire de montrer qu'ils sont indépendants, ont un plaisir malin (ou une ardente obligation ?) à allumer gentiment des gens qui les ont nourris, hébergés, choyés.
    Pas reluisant, c'est sûr, mais si commun !

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  2. Sinon, vous pouvez être à la tête d'un grand domaine viticole assez facilement en suivant ce lien :-)

    http://goo.gl/9SXiJ

    François, marchand de rêve..

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    1. J'ai mis le lien directement dans le texte, c'est plus drôle !

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  3. L'enfer. Je n'ose penser au nombre de suicides à venir ...

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    1. C'est un job comme un autre, Christian.

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  4. C'est trés vrai.... surtout être toujours à la pointe !

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    1. Ben oui, comme dans tous les métiers

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