Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



lundi 11 décembre 2017

Mes magnums (52) Un magnum de champagne même pas cher

Le Brun de Neuville, champagne extra-brut blanc de blancs



Pourquoi lui
Cette petite coopérative présidée par Damien Champy, viticulteur champenois, a tout compris. C’est le nouveau look des coops, ça. Très bon travail, des jus épatants, des prix tenus, des gens sympas, des idées partout. Un monde entier qui bascule du bon côté.

On l’aime parce que
D’abord, c’est un blanc de blancs ou d’abord c’est un extra-brut ? La question n’aura jamais de réponse et tant mieux, l’important, c’est qu’ils soient ensemble, comme dirait l’autre. Un vin aérien sans sucre ajouté (histoire de confirmer le plan de vol), c’est drôlement bien.

Combien et combien ?
1 275 magnums, 58 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Avec quiconque a du goût pour le champagne, sa vérité, son tranchant, sa finesse, sa légèreté et ne vous gâchera pas la soirée avec des propos soupçonneux, stupides et datés sur les manières de faire des coopératives.

Il ressemble à quoi ?
À un petit coin de bonheur caché, un moment rare qui comptera parmi ceux qui comptent déjà. Un truc à soi, que personne ne connaît vraiment encore.

La bonne heure du bonheur
De l’apéritif à la table si l’entrée a des accents iodés.

Il fait penser à
Cette chance que la production de vins de Champagne soit dotée d’un système vertueux qui permet à chacun (vigneron, coopérative, négoce, petits et grands) de bien vivre de son travail. Et vous avez vu le prix ?

Le hashtag
#vivelasociale

Le bug
Il y a encore des atrabilaires qui disent « kolkhoze » pour « coopérative ». Comment peut-on manquer à ce point de vision, de générosité,
de bienveillance ? Un truc de vieux con qui déteste tout le monde, ça.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Salin et floral, le vin a de la droiture et de l'énergie. Idéal pour un plateau de fruits de mer. 14/20


Cet article a été publié dans En Magnum #09 en septembre 2017 et sous une forme différente.
Le numéro 10 vient de paraître, il est en vente chez votre marchand de journaux. Voici à quoi il ressemble :

mercredi 6 décembre 2017

« En Bourgogne, 2015 passera le siècle »

Jean-Pierre Confuron dans l'entrée de la Tour des Filles
(qui ne s'appelait sûrement pas comme ça par hasard)


-->

Des Confuron, il y en a plein, tous vignerons en Bourgogne. Alors concentrons-nous sur l’un d’entre eux, justement choisi entre mille. Notre Confuron à nous se prénomme Jean-Pierre et il n’y en a qu’un. Frère d’Yves, il veille avec lui aux destinées de leur vignoble familial, le domaine Confuron-Cotedidot, du très haut de gamme. Jean-Pierre a une autre casquette, il dirige la viticulture et les vinifications du domaine Chanson et assure les approvisionnements de cette grande maison de négoce. « Moi, je suis vigneron. Je n’ai pas besoin de faire mille contrats. Si tu es crédible, tu es reconnu. C’est ça, la confiance. » Chez lui, l’œil rieur ne masque pas une énergie certaine. On le dit un peu rugueux, il s’en défend : « Je suis plutôt cool, mais je ne laisse pas passer l’erreur. Nous sommes tous là pour faire le mieux. » S’il produit 40 000 cols avec son frère, c’est un million de bouteilles qui sortent de chez Chanson. Ce n’est plus la même chose, même si cette réalité le laisse de marbre. Cette année, Michel Bettane et Thierry Desseauve ont distingué le domaine Chanson pour la qualité extrême de ses beaunes premier-cru 2015. Dans le guide 2018, qui vient de paraître, ils sont rangés dans l’étagère « Vin de l’année ». Consécration ou confirmation ? Modestement, préfèrons le deuxième avis.
Ce Confuron-là et son frère ont l’habitude des honneurs. Leur travail est dans le radar depuis longtemps et chacun s’accorde à dire qu’ils font très bien. D’Homme de l’année 2014 chez les uns en Vin de l’année 2018 chez les autres, ils sont toujours sous les projecteurs. Avec son air de jeune homme, Jean-Pierre Confuron aligne pourtant vingt-six vendanges et autant d’années pour se forger de vraies convictions (« un vrai pinot, c’est rubis ») qui sont, ou pas, reconnues par tous. Bien calé dans la tradition pluri-séculaire de la Bourgogne, il vinifie en vendange entière. Comprendre qu’il vinifie aussi les rafles. Qui, elles aussi, posent des problèmes de maturité. Tout le jeu est là et comme il le dit : « Si tout le monde a fait de la gouache à l’école, il n’y a que quelques grands artistes. » Il trouve que son métier résonne dans cette créativité énoncée. Il parle d’héritage. « Sept générations au même endroit, ça forme le goût, les réflexes et la réflexion. J’ai des souvenirs, ça m’aide. » Pourtant chez Chanson, il est contraint à passer de l’infiniment ancien au très contemporain. Ainsi du chai à barriques installé dans la tour des Filles, construite de 1519 à 1524 dans les remparts de Beaune, derrière des murs de huit mètres d’épaisseur, comme au château de Beaune chez Bouchard Père et Fils ou dans le castrum de Joseph Drouhin. Les grandes maisons de négoce sont inscrites dans l’architecture historique de la ville depuis la fin du XVIIIe siècle.
C’est dans ce bastion que Chanson conserve ses vins à l’abri du chaud, du froid, de la lumière et des vibrations. On peut supposer que ce n’est pas très pratique, et que dire alors de la cuverie en pleine ville qui jouxtait le bastion ? Heureusement, elle a été déplacée hors les murs, au pied des vignes du grand talus, dans une unité de production dernier cri, un très gros jouet que ce cuvier qui enchante notre homme. Comme il a tout connu de l’aventure Chanson dès l’achat par Champagne Bollinger (« C’est ça qui est passionnant dans cette histoire, j’ai commencé au commencement »), il a une vison très claire et complète du potentiel de la maison Chanson : « Quand Bollinger m’a demandé de les conseiller pour l’acquisition de Chanson, nous avons commencé par faire l’inventaire des vignes du domaine. Nous constatons alors l’état de non-culture de ces surfaces menées en conventionnel. Trois ou quatre coups de round-up et on ne se posait pas de question. Ils m’ont confié une mission. Un audit précis du vignoble et une restructuration complète des plantations. Nous ne parlions pas encore de vin. Dès le début, nous avons cessé l’usage des herbicides. Très doucement, nous sommes passés au labour. On a arrêté l’usage des potasses, de la machine à vendanger et, peu à peu, les choses se sont redressées. »
Aujourd’hui, les 43 hectares du domaine Chanson sont menés en agriculture biologique. Premier millésime certifié, le 2015. « Le bio, c’est d’abord pour nos salariés et les habitants riverains. C’est aussi pour l’eau des nappes phréatiques. Le bio, enfin, renforce cette quête du terroir qui est la nôtre. De façon durable, évidemment. Mais ça, je le crois, mais je ne peux pas le démontrer. » Fort de quoi, notre homme envisage la suite avec une certaine confiance. Il observe attentivement le millésime en cours, le 2017. Il y croit et il le dit : « Il y a une intuition. Cette année, je le sens. Je sens les rythmes, les pics, les très-froids et les très-chauds. Je me demande, par exemple, si l’été n’est pas déjà fini. » Cette conversation a eu lieu début juillet. Il précise, essaie de se faire comprendre : « Tu vas aller chercher ce millésime par l’expérience des vingt-cinq qui précèdent. On corrige, on tient compte, on se souvient, on affine. » On le sent tendu. Les Bourguignons paient depuis quelques années, déjà six, un lourd tribut aux accidents climatiques et on voit bien qu’il n’est pas serein. 2016 a marqué durablement les esprits. « C’est ma pire année à la vigne. » Disant cela, il parle viticulture et rendement, pas des vins qu’il a réussi à élaborer. 


La photo : signée Mathieu Garçon
Cet article a été publié dans En Magnum #09 en septembre 2017 et sous une forme différente.
Le numéro 10 vient de sortir, en vente chez votre marchand de journaux. Voici à quoi il ressemble :



 




vendredi 1 décembre 2017

Le vin suisse de Caroline Frey, c'est fait

L’histoire
Les Grains blancs de mon jardin secret 2016, c’est la volonté de Caroline Frey de s’extraire deux minutes de ses responsabilités dans l’entreprise familiale au Château La Lagune, haut-médoc, au Domaine Paul Jaboulet Aîné à Tain-L’Hermitage et Corton C. en Bourgogne. Elle a acquis 1 200 m2  au creux des Alpes du Valais en Suisse, loin de tout, difficile d’accès, le coteau est raide, en terrasses, non mécanisable. Elle a choisi de tout faire seule, des premiers coups de sécateur ou de pioche jusqu’à la mise en bouteilles. Un splendide isolement, une quête peut-être, le goût de l’effort et celui de l’aboutissement, le désir de signature. Ce qui est cohérent avec l’idée d’un vin d’auteur. J’ai acheté quatre bouteilles. Une pour tout de suite, une pour garder, une au cas où et une pour être sûr. J’ai trouvé ça via le site Chais d’œuvre dont les sélections affolent toujours plus d’amateurs passionnés, ce qui exige d’être assez vif quand les ventes apparaissent sur le site. Là, Chais d’œuvre dispose d’une allocation de cent bouteilles.

Le vin
C’est un vin blanc sec, mais pas à ce point. Il s’agit d’un assemblage de petite arvine, de chasselas et de sylvaner. J’ignore dans quelles proportions, mais comme dirait Jean-Michel Deiss : « On s’en fout. L’important, c’est qu’ils soient ensemble. » J’adore. Seulement 500 bouteilles ont été produites.

Le verre
D’abord, le bouchon. Du haut de gamme, du beau bouchon bien long qui me rassure sur l’avenir de mes trois autres bouteilles. Du bout du nez, on plonge dans un bouquet de fleurs complexe et flatteur, d’une fraîcheur qui donne soif, qui change dans le verre à toute allure, c’est la marque des vins d’auteur quand ils sont réussis. Et l’originalité de cette cuvée n’est pas la moindre de ses qualités. En bouche, c’est un assemblage très fin de citations multiples. Promenons-nous dans les goûts. On voyage beaucoup dans le suave des chardonnays bourguignons, la tendresse de la clairette du Rhône (chez Colombo, par exemple), le rolle qui roule sous la langue et d’autres encore, plus mystérieuses.
(Je n’en suis qu’à la page 1 du livre des cépages suisses. J’ai goûté des chasselas épatants sur le coteau de Lavaux, à côté de Lausanne et, une fois avec Catherine Le Conte des Floris, un blanc sec signé par la célèbre Marie-Thérèse Chappaz. Bref, je n’ai à peu près jamais bu de vins suisses.) 

Moins le vin est froid et plus la bouche bourguignonne s’affirme. D’une certaine manière, la bouche confirme le nez et tout ça est très plaisant, sans tension excessive et avec une pureté réjouissante qui met en valeur la fine sucrosité issue, j’imagine, de la petite arvine. Est-ce alpin ? En fait, ça ne ressemble à rien de connu (de moi) et j’attends avec impatience les commentaires des grands sachems du métier. Histoire de valider ou de confronter des sensations. Et j’attends aussi de goûter l’évolution sur une période significative.


La parcelle de Caroline Frey

Rappelons que si tous les vignobles Frey dont elle a la charge sont menés en bio, son jardin suisse est en bio-dynamie.

L’interview de Caroline Frey en 2016 quand elle a acheté la parcelle (clic).