Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



mardi 22 mai 2018

Les grands absents des Primeurs





La Californie se consumait sous l'effet de feux dantesques pendant que Saint-Émilion se recroquevillait sous un épisode de gel particulièrement dévastateur, tous les vignobles français ayant aussi connu des grêles épouvantables ces années dernières.
Selon les propriétés bordelaises, en 2017, de 0 à 100 % du potentiel est atteint. Et l'affaire est plus tordue que ça. Ainsi, les quelques grappes sont-elles en mesure de donner des vins au niveau de l’exigence des propriétaires ? Au Château Corbin, grand cru classé de Saint-Émilion, Anabelle Cruse a décidé qu'il n'y aurait pas de grand vin 2017 à Corbin. Au château de Fieuzal, pas plus et Stephen Carrier, très affecté par ce coup de chien, est parti faire une vendange et une vinif' loin, loin, au sud de l'Australie. La propriété toute neuve de Coralie de Boüard a été ravagée par le gel aussi. D'autres encore n'auront rien d'autre à vendre que le stock des millésimes précédents, ce qu'il en reste.

La décision est terrible pour un entrepreneur qui voit son chiffre d’affaires amputé d'une forte part au seul motif de conserver au grand vin toutes ses qualités. On a de nombreux exemples du même. Parmi les plus récents, rappelons Paul Jaboulet Aîné en 2008. Les conditions climatiques, au moment de la récolte, jugées impropres à la production d’un grand vin, Caroline Frey a décidé de ne pas millésimer la-chapelle cette année-là. En 2012, c'est Pierre Lurton qui, ne voyant pas la magie opérer comme à l'accoutumée, n'a pas déclaré yquem. Chaque fois, émoi chez les voisins, ceux chez qui la pluie (la grêle, le gel) ne tombe jamais. Et, chaque fois, une garantie de qualité supplémentaire apportée aux clients de l'étiquette absente. 


Cet article est paru dans EnMagnum#10 sous une forme différente. EnMagnum#11 est sorti. Ci-dessous, la couverture de ce numéro 11.

 

lundi 14 mai 2018

La meilleure affaire des primeurs, cette année

Une fois de plus, l'excellentissime meyney (saint-estèphe) arrive sur les marchés de la campagne primeurs affublé d'un prix dérisoire. Si bas qu'il en est presque un cadeau fait au marché français, merci pour lui. En diminution par rapport à 2016, il suit la tendance déflationniste de ce millésime.
Des années que ce vin est vendu peu ou prou au même prix, à deux ou trois euros près. Pourtant, il est chaque année un peu meilleur que l'année d'avant et la grande pro qui s'en occupe, Anne Le Naour, mérite, cette année encore, un bel hommage.
21,30 euros HT, vous vous rendez compte ? S'il était classé, il vaudrait 70 euros hors taxes. Cette simple approximation du classement 1855 est la seule explication possible, hélas.

C'est le site chateauprimeur.com qui a dégainé ce vin le premier.















lundi 7 mai 2018

Bourgogne-Jura.
Les Devillard acquièrent le domaine Rolet


L’axe Bourgogne-Jura se confirme. La famille Devillard acquiert le domaine Rolet. Cette nouvelle incursion de Bourguignons dans les coteaux jurassiens montre assez à quel point cette région bénéficie d’une cote d’acier. Il y a peu, Angélique de Lencquesaing (iDealwine) nous expliquait que Jura et Savoie étaient les deux régions qui allaient cartonner dans les ventes aux enchères à venir. Tout se rejoint et Aurore Devillard, son frère Amaury et leurs associés, les familles Flambert et Dupuis, ont bien joué. Une maison de grande réputation avec 65 hectares dans une région en flèche, bonne pioche.

Voici le communiqué de presse émis par les familles Rolet et Devillard, en accord avec leurs associés :

« La famille Devillard et leurs associés, les familles Flambert et Dupuis, annoncent aujourd’hui la signature d’un accord en vue de l’acquisition du Domaine Rolet Père et Fils.Fondé en 1942, le Domaine Rolet Père et Fils est le plus grand domaine viticole indépendant et l’un des fleurons du Jura.
Précurseur dans le Jura des cuvées de rouges mono-cépage et de blancs de caractère, le Domaine Rolet Père et Fils décline toute la richesse du terroir Jurassien à travers la large palette de sa production en appellation Arbois, Côtes du Jura, l’Etoile et Château-Chalon : Blancs, Rouges, Rosés, Crémants, Vin Jaune, Vin de Paille, Marc et Macvin.
Sur une superficie de 65 hectares, parmi les plus beaux terroirs de la région, la famille Rolet et ses équipes ont apporté depuis de nombreuses années un savoir-faire reconnu, en France et à l’étranger, associé à une recherche constante de la qualité au service de la singularité d’un terroir.
Dans le respect des traditions et des usages du Jura viticole, les Domaines Devillard et leurs associés conserveront l’indépendance du Domaine Rolet Père et Fils et assureront dans le même esprit sa pérennité et les savoir-faire qui ont porté la production de ce domaine à un niveau d’excellence millésime après millésime.
Cédric Ducoté, actuellement Directeur Export des Domaines Devillard, prendra la Direction Générale du Domaine Rolet Père et Fils dès le mois de Juin.

« Nous partageons avec les Domaines Devillard la même passion à élaborer nos vins en conciliant tradition et modernisme. C’est une nouvelle ère qui démarre pour le Domaine Rolet Père et Fils avec l’entrée au sein des Domaines Devillard qui ont l’ambition de continuer à développer cette maison, tout en lui conservant son identité et ses savoir-faire » ont déclaré Eliane, Pierre, Bernard et Guy Rolet, les cédants.

« Le Jura était pour nous, une évidence car nous avons de nombreux points communs : 2 cépages bien entendu mais surtout une topographie très proche de la Bourgogne et une réelle proximité géographique. Les vins du Jura bénéficient aujourd’hui d’une excellente image voire d’un effet de mode. Néanmoins, nous ne souhaitons pas surfer sur une tendance. Par définition, ce qui est à la mode se démode. Nous nous ancrons dans la durée comme l’ont fait, dans notre famille, les générations qui nous ont précédées. Nous sommes très heureux d’accueillir le Domaine Rolet Père et Fils au sein des Domaines Devillard. Ce sera l’évolution, sans la révolution. Le Domaine Rolet bénéficie d’une image excellente et produit des vins de grande qualité. Nous partageons la même philosophie : celle de produire les plus grands vins possibles, dans la plus belle expression de leur terroir, marqués par l'équilibre et l’élégance. Notre volonté est de consolider la réputation, la qualité des  vins et la distribution du Domaine Rolet Père et Fils, en France et à l’Export. Une nouvelle page s’ouvre, dans le respect du savoir-faire, dans la tradition et la modernité » ont précisé Amaury et Aurore Devillard, les dirigeants des Domaines Devillard.

« Nous sommes très heureux  avec mon frère Stéphane et mon beau-frère Franck Dupuis, d’accompagner Aurore et Amaury dans la reprise de ce superbe domaine qui va nous permettre de découvrir un nouveau métier. Nous remercions la famille Rolet de la confiance qu’ils nous ont accordée en choisissant nos trois familles pour perpétuer leur histoire et nous porterons haut et fort les vins du domaine Rolet Père et Fils ainsi que les couleurs du Jura à travers la France et le monde » ajoute Christophe Flambert. » 

Il y manque une info de taille. Le prix. « On ne communique pas sur le prix. » Fermez le ban. Tout se sait et ça aussi, ça se saura. Il faut dire que c’est un point intéressant. Si le monde a une idée approximative des grandes transactions bordelaises ou bourguignonnes, c’est si rare dans le Jura qu’au fond, personne ne sait vraiment combien coûte un hectare planté. Pour savoir, nous avons été tourner les pages du blog d’iDealwine, justement. On y lit ceci que je reproduis tel, j’ai juste corrigé les fautes d’orthographe :
« Jura. 24 000 euros en moyenne pour  l’appellation côtes-du-jura. Le prix à l’hectare grimpe à 60 000 euros pour château-chalon. Mais ces montants peu élevés expliquent l’intérêt marqué d’investisseurs venus de Bourgogne (où le foncier est devenu inabordable) pour un vignoble où l’on retrouve notamment les cépages bourguignons. »
Bon, ben voilà. On a une idée, maintenant.

Pour mémoire, la famille Devillard est propriétaire des domaines suivants :
Château de Chamirey (mercurey)
Domaine de la Ferté (givry)
Domaine de la Garenne (mâconnais)
Domaine des Perdrix (côtes-de-nuits)

jeudi 3 mai 2018

Primeurs 2017, deux bordeaux au mieux
(dont un à moins de dix euros)

Regardez ces deux vins.
L'un est un grand cru classé, l'autre un petit médoc moins connu.
L'un approche les 40 euros hors taxes, l'autre ne dépasse pas les dix euros. HT, aussi.
Chacun dans sa cour, ils valent un séjour dans votre cave. Vous y attendrez le malartic-lagravière dix ans, peut-être un peu moins. Et vous aurez fini vos larrivaux avant d'attaquer les malartics.
Pour info, Michel Bettane a adoré ce malartic 2017, le plaçant devant ses pairs avec un somptueux 17, 5/20 (pour le rouge). Pour le château Larrivaux, propriété de la famille de Bérangère Tesseron et géré par elle, Michel a ces jolis mots : "Corps assez tendre, bonne maturité de raisin, vin facile". Voilà, moi, ça me donne envie d'en avoir. Pas vous ?

Ces deux vins sont en vente en primeur sur l'excellent site chateauprimeur.com,
une structure internet adossée au grand groupe Duclot, ce qui favorise la confiance.

lundi 23 avril 2018

Mes magnums (64)
Un sauternes pour toujours

Château Guiraud, premier cru classé, sauternes 2014 



Pourquoi lui
Pour le souvenir très émouvant d’un guiraud 1942 en bouteille bleue, bouteille de guerre. Pour le travail immense accompli par Xavier Planty depuis des années pour mener son cru au sommet. Où il est, maintenant.

On l’aime parce que
Il a été le premier à découvrir les joies de la biodynamie, des haies vives autour des parcelles sur des kilomètres, de la pépinière de plants de première qualité, des mini-cabanes à insectes et des commentaires peu amènes.

Combien et combien ?
Une quarantaine de magnums, 100 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
En toutes circonstances et avec le premier cercle, ceux qui ne vous poseront pas de questions convenues. Celles qui ne disent pas que le sauternes fait grossir et autres galéjades. Celles et ceux qui savent le bonheur des papilles quand on leur donne ce qu’elles veulent.

Il ressemble à quoi ?
À un grand sauternes, catégorie fraîcheur et finesse.
Mais la liqueur est là qui vous enveloppe
les épaules comme une étole en cachemire de chez Hermès.

La bonne heure du bonheur
À table, n’hésitons pas à nous faire peur, le sauternes est une expérience dont on sort toujours gagnant. Presque tout ce qu’on mange avec un rouge mérite qu’on s’y essaie avec un sauternes.

Le hashtag
#moresauternes

Le bug
Petite notoriété, bizarrement.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Si le boisé domine aujourd'hui, la bouche est d'une grande délicatesse. Beaucoup de profondeur en milieu. Un vin à fort potentiel. 17,5/20


Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #10 sous une forme différente.
Le numéro 11 est en vente depuis quelques jours chez votre marchand de journaux. Voilà la couverture de ce numéro 11. Elle est belle.


 

vendredi 20 avril 2018

Primeurs 2017, l'affaire de la semaine

En vente chez chateauprimeur.com, ce grands-chênes, médoc 2017
à 11 euros HT est une aubaine.
Bernard Magrez illustre une fois de plus son credo.
Il tient ses prix de vente bien serrés.






mardi 17 avril 2018

Les primeurs vus du paradis

Tout le monde connaît le phénomène des primeurs à Bordeaux et, bien entendu, chaque nouveau millésime, si important pour l'économie de toute une région, promène son cortège d’aigreurs et de menaces comminatoires. The usual suspects. Les uns dénoncent, les autres préviennent, certains menacent. Ce qui, bien entendu, n’a jamais eu la moindre prise sur le déroulé de l’affaire, elle est menée comme ils l’entendent par les tenants du système et pourquoi en serait-il autrement ? Ils sont chez eux, ils font bien comme ils veulent, même si tout le monde sait mieux. Ne revenons donc pas sur cette histoire de primeurs, parlons plutôt des bonheurs collatéraux. Il y a quatre catégories de visiteurs à Bordeaux. Les grands manitous de la dégust’, ils viennent du monde entier, sont peu nombreux, très compétents. En France, moins de 20 dont trois chez nous (Bettane, Desseauve et Hervier). Le deuxième volet réunit une vraie foule de parasites, dégustateurs des plus approximatifs, sans influence, mais avec un smartphone. La troisième bande rassemble tous les pros bordelais du vin, propriétaires, directeurs, courtiers, négociants. Dans la plupart des cas, ils sont compétents et très entraînés à juger un millésime bordelais. Le dernier carré rassemble les détendus, les story-tellers, les marrants. Assez éloignés des dégustations des vins en primeurs, ils sont surtout là pour embrasser les copines et rigoler avec les copains. Naturellement, ils assistent aux meilleurs moments. En voici quelques-uns, huit déjeuners et dîners pendant quatre jours, pas plus. Une forme de paradis.

Reignac et ses gentilles manies
Le très romantique château de Reignac accueille le printemps et quelques amis choisis dans une petite tour transformée en salle de dégustation. Yves Vatelot, le propriétaire est un inventeur et l’endroit est assez magique en plus d’être très fonctionnel. Là, nous avons goûté une théorie de vins de tous pays, sélectionnés parce qu’ils sont les lauréats d’un grand prix du tourisme viticole. Comme souvent le meilleur (Penfold’s) côtoie le pire (un machin argentin épouvantable) avec les vins de la maison (reignac et balthus) en juges de paix. Le déjeuner qui suivait a donné lieu à la traditionnelle confrontation entre reignac et deux premiers crus classés de même millésime (1999). À l’aveugle, bien sûr. Et comme toujours, c’est le reignac qui sort en tête. Cette fois devant ausone et mouton-rothschild. C’est très étonnant (et convaincant) cette permanence dans l’exploit, tellement longtemps que ça dure. Tout le monde a les yeux ronds. Le soleil qui baisse dessine une bien jolie façade, la vie est belle.



Une chanteuse chinoise et un chanteur anglais
Le soir même, rendez-vous devant le petit château Monlot à Saint-Émilion, juste sous l’altière façade du château Lassègue. Là, Zhao Wei, chanteuse très connue dans l’Empire du Milliard, reçoit ses amis (donc moi) pour une sorte d’inauguration de son domaine acquis en 2011. Mais il y avait du boulot à la vigne avant de présenter quelque chose d’intéressant, en l’occurrence son 2015, élaboré par le grand Jean-Claude Berrouet (ex-Pétrus) et très réussi. Tout commence par l’intronisation de notre artiste et du chanteur Sting, en pleine forme. Il est encore très jeune, il faut dire. C’est Hubert de Boüard qui officie avec un long discours en anglais, très documenté. Ces formalités effectuées, un verre de dom-pérignon et un autre de mission-haut-brion blanc en guise d’apéritif et hop, à table. Là, surprise, ce sont messieurs Christian Le Squer et Éric Beaumard qui sont aux manettes. Génial. Le Cinq délocalisé pour un soir, on ne pouvait pas rêver mieux. Après un rapide discours du maire de Saint-Émilion, c’est Sting qui en trois foulées souples, se pointe sur l’estrade où l’attendent une guitare sèche, un tabouret haut et un micro. Pour le plus grand plaisir d’une petite assistance (cent personnes) sidérée par la performance, il interprète l’un de ses grands tubes, évident en la circonstance, Message in a bottle. C’est sublime, l’émotion est à son comble. Le parfait dîner de campagne sera suivi d’un spectacle son et lumière sur la façade du château d’une modernité ébouriffante et d’un feu d’artifice monochrome comme je n’en avais pas vu depuis longtemps.



Oh Gaby 
L’Américain Tom Sullivan (tous les Américains ont des noms d’acteurs de cinoche) a acquis quatre propriétés dans le décor bordelais. Les châteaux du Parc à Saint-Émilion, Gaby à Fronsac, Moya en côtes-de-castillon et Auguste en bordeaux supérieur. Nous avons déjeuné à Gaby. L’endroit a beaucoup d’allure. La restauration du château a été menée sans faire d’effets exagérés et c’est bien joué. Les vins suivront forcément. Notre hôte est drôle et sympathique, très détendu et preneur de bonnes blagues comme rarement. Comme il n’avait pas invité ses copains, nous avons fait le boulot et on est reparti avec un nouvel ami.



Mangot et ses frangins
Il y a des dîners plus spéciaux que d’autres. Chaque année, c’est le cas à Mangot, une belle propriété de Saint-Émilion, tout au bout de la côte, un amphithéâtre de vignes assez extraordinaire, juste au-dessus de Château Faugères. Les frères Karl et Yann Todeschini reçoivent leurs potes (donc moi), on est douze à table, chaque année un thème différent est exploité pour les vins. Cette fois, les années en 8. Pour voir toutes les photos des bouteilles, branchez-vous sur mon compte Instagram @nicolasderouyn. Le dîner était réalisé par un ami de la maison, toujours le même, de plus en plus maître de son talent et c’était très bien. Dans les verres, une vingtaine de vins à l’aveugle, sauf les deux champagnes 1998 qui ont fait office d’apéritif. Un très beau cuvée-des-enchanteleurs de chez Henriot, en phase d’évolution marquée et un grandiose clos-saint-hilaire by Billecart-Salmon, d’une fraîcheur époustouflante. Et les bouteilles vont se succéder avec une belle harmonie, aucune n’était vraiment abîmée, une seule bouchonnée. La variété des provenances n’a pas empêché nos douze hommes (dont une fille) de découvrir à peu près ce qu’on buvait. Ils sont forts, tous ces jeunes gens. Étaient présents : un œnologue, six vignerons ou directeurs techniques, deux journalistes, deux sommeliers et moi. À une exception près, les avis convergeaient en un bel œcuménisme. L’exception étant un la-geynale, cornas 2008 de Vincent Paris qui fit se dresser les cheveux sur la tête de l’un d’entre nous, ce n’était pas négociable, nous avons enchaîné, ravis. Et ainsi de suite jusqu’à plus d’heure, dans un bonheur gourmand de jouisseurs.



Les marottes de Pierre Seillan à Lassègue
Ce n’est jamais neutre de se retrouver à table avec Pierre et Monique Seillan dans le beau château Lassègue, planté à mi-pente de son coteau, un genre de démonstration par l’exemple de ce que certains appellent à bon droit la pérennité. Là, Pierre Seillan mène sa bataille, « The message of the soil », comme il l’a fait dans la Sonoma et avec le succès qu’on sait au bien nommé domaine Vérité. Nous découvrirons quelques millésimes précédents dont un épatant 2005 et un 2009 qu’on reverra avec plaisir. Nous écouterons l’histoire de son petit domaine perso dans le Gers. Nous ferons connaissance avec les projets américains, italiens et bordelais du grand groupe Jackson et nous nous séparerons bien contents de nous être retrouvés.



Un speakeasy revisité 
C’est dans le vieux Bordeaux, ce centre historique où la moindre baraque a une belle gueule XVIIIe. Au bout d’une série d’impasses emmêlées, on lève un rideau de fer qui donne sur une rampe d’accès, en bas, une auto et le bazar d’une cave particulière. On est déjà au premier sous-sol. Un demi-étage et quelques couloirs plus bas, le saint des saints, une cave de grand volume, longue et haute de plafond, un rêve. Une table est installée au milieu, elle est dressée pour une vingtaine de convives, cernée par des bouteilles, des magnums, du sol au plafond. La moindre quille fait envie, follement. C’est le Château La Conseillante représenté par les cousins Nicolas qui avait eu cette idée et la suite sera éblouissante. De belles assiettes fraîches et réussies, c’est-à-dire faites pour les vins, réalisées par l’épouse de notre hôte, un ex-tennisman reconverti dans son autre passion, le vin. Après quelques bouteilles d’un extra-brut d’Agrapart, on verra défiler les plus beaux vins, la-conseillante 90 en magnums et 05, figeac 82 en magnum et 08, quelques splendeurs à l’aveugle puis vint le temps d’aller choisir dans les rayons ce qu’on avait envie de boire. L’un d’entre nous fit servir à l’aveugle un chambertin-clos-de-bèze 04 en même temps qu’un côte-rôtie la-turque de Guigal dans le millésime 99. Deux vins aussi opposés qu’on peut l’être qui se rejoignaient dans une sorte de vapeur d’excellence, image qui décrit assez bien l’état des convives à la fin de ce dîner d’exception. Bien sûr, un yquem vint à point nommé mettre un terme délicieux à nos agapes folles. Bravo, les cousins.



La Terrasse rouge comme chaque fois
Bien sûr, je ne peux pas tout dire, mais j’adore aller déjeuner à la Terrasse rouge, le roof-top du chai de La Dominique, conçu de la belle manière par Jean Nouvel. Le château est sur le plateau de Pomerol et Saint-Émilion, jouxte Cheval Blanc, regarde L’Évangile et La Conseillante, plus loin, c’est Vieux Château Certan et Pétrus, d’en haut la vue porte loin, l’endroit est stratégique. Là, dans la salle à manger du président Fayat, nous avons fait honneur à quelques millésimes de la-dominique, augmentés d’une ou deux bouteilles de la grande-année de Bollinger. Une fois de plus, nous avions bien fait de venir et c’est sans parler de la conversation partagée avec nos hôtes, mais bon. On ne peut pas tout dire, vous dis-je.



Dîner avec une gloire et une mémoire
L’affaire se passe au château Haut-Bailly, dans les Graves. Le belle propriété du regretté Bob Wilmers, un type charmant. Michel Roux, triple étoilé Michelin à Londres, était là, vieux monsieur passionnant dans ses expériences et ses souvenirs, un dîner adorable qui a vu passer quelques vieux millésimes de haut-bailly dont un 61 émouvant et un 82 en magnum d’une fraîcheur inouïe. La nuit s’est passée au château Le Pape, une autre étiquette du domaine, un château d’hôtes remarquablement restauré et d’un confort de palace. On s’est souvenu de Bob Wilmers, quelques années plus tôt, au moment de l’inauguration du château, il voulait absolument nous prouver que les lits étaient trop hauts. Très drôle, il exécuta une sorte de pirouette pour retomber assis sur le bord du lit, « My feet don’t even touch the floor ». Éclats de rire, lui ravi de son numéro, il fallut quand même lui expliquer que les lits hauts, c’est devenu la norme de l’hôtellerie de luxe, c’est la mode. Et contre ça, Bob, on ne peut rien.



Tout ça pour dire
Que le millésime 2017 est hétérogène, marqué par des réussites remarquées et des flops embarrassants. Que Bordeaux en pareille circonstance est vraiment un endroit parfait. Que les vins de Bordeaux ont encore tout à dire et plus rien à prouver. Que rien n’égale un vieux millésime d’un grand bordeaux et que rien n’indique que les choses vont changer.

Mes pensées vont à 
Celles et ceux qui ne sont pas aux Primeurs parce qu’ils n’ont pas millésimé 2017, le gel, etc. Ce genre de déconvenue catastrophique. Anabelle Cruse à Corbin (Saint-Émilion), Bérénice Lurton à Climens (Barsac), Stephen Carrier à Fieuzal (Pessac-Léognan), d’autres encore, ma chère Coralie de Boüard, en particulier, avec son Clos de Boüard tout neuf et ravagé.

jeudi 12 avril 2018

Mes magnums (63)
Un barsac ou rien

Château Climens, premier cru classé, barsac 2010

Pourquoi lui
Barsac est le seul village qui a droit à une distinction au sein de l’appellation sauternes. Là, Climens partage avec Coutet l’autorité d’un statut immense. En général, les barsacs sont moins opulents que les sauternes, mais plus frais. Dans cette rhétorique, Climens produit des vins de premier plan et un second, Les Cyprès de Climens, d’une modernité ébouriffante.

On l’aime parce que
Un beau matin de janvier, Bérénice Lurton, propriétaire du cru, a décidé de tout convertir à la biodynamie illico presto et tambour battant. Le chef de culture n’avait plus un poil de sec. Il va mieux et le pari fou est gagné. Climens a fait un bond en avant.

Combien et combien ?
495 magnums, 230 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Tout le monde aime yquem, les grands amateurs aiment climens. Il y a un côté “initié ” avec un magnum de climens, quand il y a un côté luxueux avec yquem. Ce n'est pas tout-à-fait pareil.

Il ressemble à quoi ?
C’est une sorte d’apesanteur qui vous gagne et qui fait partie du grand huit des sensations. Le tout dans une ambiance golden qui vaut tous les couchers de soleil du monde.

La bonne heure du bonheur
À table, avec des huîtres chaudes, une viande blanche dans sa sauce légèrement caramélisée, un schropshire (fromage anglais de la même couleur), un beau climens va avec tout.

Le hashtag
#climensthesun

Le bug
No bug. Même à ce prix-là, c’est le moins cher des grands vins français. Et, comme avec les autres, la patience est requise.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Très opulent, concentré avec une touche de caramel qui trace la très haute évolution du raisin, long, fastueux, mais l’épanouissement n'est pas pour demain. 18/20



Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #10 sous une forme différente.
Le numéro 11 est en vente depuis quelques jours chez votre marchand de journaux. Voilà la couverture de ce numéro 11. Elle est belle.




 

mercredi 4 avril 2018

Mes magnums (62)
Un champagne avec du caractère dedans

Champagne Michel Gonet, blanc de blancs grand cru 2002 

 

Pourquoi lui
Dans son grand millésime champenois, 2002, il arrive à point nommé. Il est temps pour lui de passer dans les verres.

On l’aime parce que
Encore un champagne de caractère. C’est très plaisant et de plus en plus. Sa provenance, Le Mesnil-sur-Oger, ajoute une pointe de désirabilité.

Combien et combien ?
5 000 magnums, 110 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Le champagne à table, forcément, c’est la marque d’un certain raffinement. Feuilletez votre carnet d’adresses avec le filtre en rapport.

Il ressemble à quoi ?
Pour un blanc de blancs, il est assez déroutant avec son caractère vineux que les années n’ont pas oblitéré. C'est ça qui est bien, évidemment.

La bonne heure du bonheur
À table avec un beau poisson blanc, finement citronné. Le blanc de blancs, quand il a de belles épaules, est fait pour ça.

Le hashtag
#somanychampagnes

Le bug
Il y a plein de marques Gonet en Champagne, mais pas un seul mauvais, ouf.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
La fiche de dégustation (note et commentaire) n’est pas encore disponible.


Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #10.
Le numéro 11 est en vente depuis quelques jours chez votre marchand de journaux. Voilà la couverture de ce numéro 11. Elle est belle.


 
 

jeudi 29 mars 2018

EnMagnum, c’est mieux

Je ne prends presque jamais le temps d’assurer une auto-promo pas toujours bien comprise. Mais là, on me dira oui, j’adore ce numéro de EnMagnum. Des onze numéros déjà publiés, c’est mon préféré. Tout est bien et ça commence page 1, la plus belle couverture depuis sa création.
À l’intérieur, ça va vite.
Un dossier Bourgogne particulièrement passionnant qui met la lumière sur le bouleversement des hiérarchies.
Un dossier Bordeaux aussi, avec notre best of des 2015 par Thierry Desseauve, un focus sur le millésime 2017 par Michel Bettane.
Ce même Bettane qui signe un article définitif sur les vins corses. Jamais lu mieux sur ce sujet. Évidemment et comme toujours, un gros effort a été fait sur la qualité des photos avec Mathieu Garçon et les autres et ça marche.
Et Régis Franc signe quatre pages de BD, c’est drôle, moqueur, incisif.
Vraiment, je suis ravi et je souhaite à tous ceux qui vont l’acheter dès demain chez leurs marchands de journaux d’être aussi contents que moi.



La photo : est signée Véronique Barbier qui ne compte pas pour des prunes dans la qualité de ce numéro

lundi 26 mars 2018

Mes magnums (61)
Un champagne de vigneron, un vrai

Champagne Pierre Gimonnet & Fils, Millésime de collection 2006 



Pourquoi lui
Il y a longtemps qu’on aime les champagnes de Gimonnet, alors bonne occasion de partager de vieux souvenirs en même temps qu’un blanc de blancs issu de vieilles vignes, plus séveux et minéral qu’obligatoirement aérien.

On l’aime parce que
Au bout de plus de dix ans, il commence à livrer tous ses secrets qui nous parlent de terroirs, de vignerons, de pluie et de soleil. Il est beau comme ça, notre Gimonnet.

Combien et combien 
110 euros le magnum (au domaine).
Quantité non communiquée, mais il n'y en a sans doute pas beaucoup.

Avec qui, avec quoi 
Avec des énervés de l’authentique, ils seront calmes jusqu’à la fin du magnum. Les caractériels aussi aiment les vins de caractère.

Il ressemble à quoi 
Ce n’est pas un champagne de soleil, évanescent et mince. C’est un champagne de la craie, de la terre, puissant et lumineux.

La bonne heure du bonheur
Il devrait apporter une belle réplique à un plateau de fruits de mer en pleine forme, iodé, salin. Et même à côté d’un rôti de bœuf bien saignant.

Le hashtag
#lamidesgens

Le bug
Il faut sans doute le commander au domaine, ce n’est pas en vente partout.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Dominé par les 65 % de Cramant dans l'assemblage, ce vin conjugue puissance et élégance avec une jolie finale crayeuse. 17/20

Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #10.
Le numéro 11 est attendu le 30 mars chez votre marchand de journaux. Voilà la couverture de ce numéro 11. Elle est belle.


 

vendredi 23 mars 2018

Mes magnums (60) Un grand champagne rosé très bon, très cher

Champagne Veuve Clicquot, La Grande Dame, brut rosé 2004 

 

Pourquoi lui
Quand on voit ce que deviennent ses prédécesseurs, on se dit qu’il y a urgence à faire les courses. En caler douze bouteilles dans un coin de la cave et commencer à les boire dans dix ans et pendant dix ans. En garder deux pour jouer les prolongations. C’est ça, un rosé de Veuve Clicquot. On peut aussi en caler vingt-quatre.

On l’aime parce que
On comprend au premier nez qu’il est déjà bon et pour longtemps. Le charme quasi oriental des arômes d’un grand champagne rosé jeune est irrésistible et son évolution, ébouriffante. Oui, 2004, c’est jeune pour un grand champagne.

Combien et combien 
650 euros le magnum. Quantité non communiquée.

Avec qui, avec quoi 
Avec des amateurs véritables. Ou l’homme de votre vie. Si c’est une femme, ça marche aussi. Bref, avec des gens à qui il est indispensable de faire plaisir. Vous en connaissez forcément un ou deux (au-delà, c’est trop, ce n’est qu'un magnum après tout)

Il ressemble à quoi 
Aux parfums subtils de la roseraie de Bagatelle en fin de floraison. Encore une histoire d’amoureux.

La bonne heure du bonheur
J’en connais qui l’emmènerait à table. Je la réserve aux apéritifs d’hiver, feu dans la cheminée et tapis profond. Et à l’après-dîner, dans le même ordre d’idées.

Le hashtag
#pinkchampagne

Le bug
Le très haut niveau, il faut en avoir plein, mais c’est coûteux.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Élancé et brillant, d'une remarquable allonge et d'une grande finesse, ce rosé est d'un style moins vineux que le Vintage, mais sa finale saline est inoubliable. 19/20

Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #10.
Le numéro 11 est attendu le 30 mars chez votre marchand de journaux. Voilà la couverture de ce numéro 11. Elle fait envie.




 

lundi 19 mars 2018

« Ce n'est pas la bulle qui m'intéresse,
c'est le vin »

Odilon de Varine, 53 ans, est le chef de cave et le directeur général de la maison Gosset, connue pour ses beaux champagnes. Nous l’avons passé à la question.

Odilon de Varine, chef de caves et DGA de Gosset, belle maison de Champagne


Henriot, puis Deutz, maintenant Gosset,
des maisons équivalentes, non ?

Des maisons familiales qui ont le même amour du vin et une volonté de transmission. Les actionnaires n’attendent pas un gros rendement de leur capital, ils comprennent l’importance de transmettre quelque chose en pleine forme et en bonne santé.

Vous êtes Champenois ?
Je me considère comme tel. Je suis né en Champagne, mes sept frères et sœurs aussi. Mes parents ont vécu plus de cinquante ans en Champagne, à Verzy, un petit village de la montagne de Reims.

Et vous avez grandi dans le manoir de Verzy.
Manoir qui appartenait déjà à Veuve-Clicquot. Mon père travaillait pour eux, c’était donc sa maison de fonction. J’ai passé mon enfance dans cette maison.

Chez Gosset, vous avez connu Béatrice Cointreau aux commandes et à sa suite, son frère Jean-Pierre. Une gouvernance très différente ? Très complémentaire, en fait. Béatrice a fait beaucoup pour la maison, Jean-Pierre le reconnaît volontiers. Elle a apporté quelque chose de différent. Dans une maison familiale, chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Gosset, les volumes ?
Un million de bouteilles par an. C’est une petite maison dans l’univers du négoce. Aujourd’hui, nous produisons neuf cuvées différentes.

Ce n’est pas trop ?
Non seulement ce n’est pas trop, mais nous faisons aussi des cuvées en éditions limitées. Par exemple, le “15 ans” sorti l’année dernière, c’était un vieux rêve. Un brut sans année qui avait quinze ans de cave sur lies avant dégorgement pour montrer la capacité de vieillissement d’un champagne. Il y a eu aussi “Petite douceur” il y a quatre ans, un extra-dry rosé. Et nous avons d’autres projets dans les cartons pour les années à venir.

À quoi tient la particularité de Gosset ?
L’approvisionnement, d’abord. Quand on fait seulement un million de bouteilles, on peut être difficile. Aujourd’hui, nous avons plus d’approvisionnement que nécessaire, nous avons le choix et nous revendons les vins clairs qui nous plaisent moins. Enfin, la vinification. Nous gardons l’acide malique, l’acide naturel du raisin, l’essence même du raisin.

Vos vins ont un extra-potentiel de vieillissement ?
Oui. Depuis 1584, la maison fait des vins sans malo, c’est son style, ça permet d’avoir des vins fruités, qui se conservent. Nous les gardons plus longtemps en cave, mais nous retrouvons cette acidité et cette complexité dues au long séjour sur lies. Les vins conservent une fraîcheur, une fin de bouche claire, nette. Je suis persuadé qu’un jour, quand je serai très vieux et que je n’aurai que ça à faire, je regarderai le caractère des vins par rapport au caractère des gens. La notion de base reste le partage, le vin et l’humain. À partir de cette notion de partage, il faut qu’il y ait une envie. L’envie n’est pas la même pour tout le monde et c’est pour cela qu’il y a pleins de styles et pleins de vins.

Des nouvelles cuvées ?
Nous venons de sortir un blanc de blancs et, depuis septembre, un blanc de noirs “Black and White” qui a passé neuf ans sur lies, un extra-brut 100 % pinot noir. L’idée que le champagne ne vieillit pas est une grosse bêtise. Le gaz carbonique le protège de l’oxydation, même s’il n’y a plus de bulle. Ce n’est pas la bulle qui nous intéresse, c’est le vin. La bulle sublime le vin et pas le contraire, on ne fait pas un support pour des bulles. Il y a quelques maisons comme la nôtre que je respecte beaucoup et qui ont cette même vision.

Votre Top 5 ?
Alfred Gratien en n°1, Pol Roger en n°2, Jacquesson en n°3, des cuvées René Lalou chez Mumm en n°4 et Marie-Noëlle Ledru en n°5.

Entre un blanc et un rosé, vous préférez ?
J’adore le rosé à l’apéritif, c’est idiot de le mettre à table, on en perd le fruit et c’est justement ce que j’aime dans les rosés d’assemblage. Et un beau blanc de blancs, c’est magnifique. Spontanément, je vais vers les cuvées à majorité de chardonnay, qu’elles soient brut, blanc de blancs ou rosé. Toutes nos cuvées sont à majorité de chardonnay sauf Grande Réserve qui est à 50-50, c’est notre cœur de gamme, celle qui définit le style.

À quel point la personnalité de la maison est-elle indispensable ?
Ma génération a vu la maturité de la Champagne, celle qui nous a précédés était encore en phase de développement. Aujourd’hui, la Champagne est au taquet, les 34 000 hectares sont plantés, le rendement est ce qu’il est. Je pense que si l’on veut continuer à vivre et à se différencier en restant le plus grand vin du monde, il faut une offre large avec des des goûts différents pour échapper à la standardisation. Sans parler des autres effervescents dans le monde, je pense que la Champagne doit se dégager avec des vins à forte personnalité ancrés dans le terroir. Il faut défendre cette origine, la mettre en avant, la minéralité des vins de Champagne, ce côté salin que nous apporte la craie, c’est le terroir.

Les autres effervescents font-il partie
de votre panel de comparaison ?

Chez moi, j’ai des mousseux anglais, australiens, californiens, néo-zélandais. Tous les ans avec mes amis œnologues, nous organisons une dégustation des vins mousseux du monde. Cette comparaison est essentielle. Avant d’arriver en Champagne, je faisais du crémant en Alsace, il y a des choses magnifiques et c’est pour ça qu’il faut se battre pour nos spécificités.



La photo : est signée Mathieu Garçon 


Cet article a été publié dans En Magnum #10 en septembre 2017 et sous une forme différente.
Le numéro 11 vient de paraître, il est en vente chez votre marchand de journaux dès le 30 mars.
Voici à quoi il ressemble :





mercredi 14 mars 2018

Une table, un vin, un prix, un bonheur

Depuis toutes ces années, on connaît le principe. Le négoce bordelais incarné par la grande maison Duclot met à disposition du public des grands crus prêts à boire à prix caviste sur la table de la crème de la restauration française. L'affaire commence demain, s'achève le 15 avril. L'idée la meilleure est de réserver sa table ET sa bouteille. Sinon, revenez l'an prochain.
Moi, je sais déjà qu'au moins une bouteille de rieussec passera par ma table (et en rouge ? MHB 08, évidemment). Mais où ? Commençons par les vins, nous sommes surtout là pour ça.

Quels vins ?
Que des bordeaux, bien sûr. C'est une opération de promo, pas une vente de charité.

Chevalier 2012, cru classé de Graves - Pessac-léognan blanc, 100 euros
La Lagune 2011, 3e cru classé - Haut-médoc, 60 euros
Malescot-Saint-Exupéry 2002, 3e cru classé - Margaux, 70 euros
Palmer 2006, 3e cru classé - Margaux, 290 euros
Beychevelle 2006, 4e cru classé - Saint-julien, 125 euros
Saint-Pierre 2012, 4e cru classé - Saint-julien, 55 euros
Lafite-Rothschild 1999, 1er cru classé - Pauillac, 590 euros
Mouton-Rothschild 2008, 1er cru classé - Pauillac, 540 euros
Pichon-Longueville Comtesse de Lalande 2009, 2e cru classé - Pauillac, 220 euros
Cos d’Estournel 2002, 2e cru classé - Saint-estèphe, 195 euros
La Mission-Haut-Brion 2008 - cru classé de Graves - Pessac-léognan rouge 280 euros
Cheval Blanc 2006, 1er grand cru classé A - Saint-émilion grand cru, 690 euros
Clos-Fourtet 2005, 1er grand cru classé B - Saint-émilion grand cru, 230 euros
Le Gay 2008, pomerol, 125 euros
Rieussec 2003, 1er cru classé de Sauternes, 55 euros




Quels plats dans quels restaurants ?
La plupart des chefs des restaurants concernés par cette opération se sont pris au jeu et ont poussé l'affaire jusqu'à réaliser des plats en accord avec l'un des vins. Cette chance.
Pour ceux qui doutent ou n'ont pas compris, les vins sont au même prix dans tous ces restaurants.

Benoit langue de bœuf lucullus, cœur de romaine à la crème moutardée, avec château-rieussec 2003.

Le Corot le canard de Madame Burgaud, cuit au bois de nos forêts, oseille, courge violon, kumquat, jus de vinaigre de Nanteuil-les-Meaux, château-beychevelle 2006.

Divellec caviar, pomme de terre à la fourchette et crème aigrelette pour un chevalier 2012.

Mon Paris pigeon de Racan flambé au vieux Cognac puis rôti au thym, asperges vertes de Touraine, fregola sarda aux petits pois et poitrine fumée, jus corsé maison, avec beychevelle 2006.

Relais Louis XIII ravioles de homard et foie gras, sauce aux cèpes, avec un malescot-saint-exupéry 2002.

Épicure selle d'agneau de lait rôti en croûte de nori, jus du rôti, gnocchis aux herbes, purée de colrave pour château-beychevelle 2006.

Alcazar poulet rôti servi entier et asperges des Landes, avec le château-saint-pierre 2012.

Brigitte escalope de ris de veau croustillante, oignons de Roscoff, lard fumé et jus de veau réduit, avec château-cos-d’estournel 2002. Tanguy Le Gall est – sans surprise – originaire de Bretagne, Douarnenez exactement. Sa grand-mère lui faisait des ris de veau meunière dont il garde un souvenir plein d’émotion. Il a choisi de les réinterpréter spécialement pour Carte sur Table.

Clover Grill la côte de boeuf de Salers avec un château-lafite rothschild 1999.

Crom’Exquis noix de ris de veau, sauce Périgueux et zéphyr de pommes de terre, avec château-beychevelle 2006.

Bristol selle d’agneau de lait rôti en croûte de nori, jus du rôti, gnocchis aux herbes, purée de colrave, avec le château-beychevelle 2006.

Georges queue de filet de bœuf marinée dans une sauce huître, soja et cognac, puis cuite à la plancha avec un château-malescot-saint-exupéry 2002.

Grands Boulevards côtelettes d’agneau rôties, asperges vertes crues et cuites au Josper, jus corsé au romarin, avec saint-pierre 2012 ou pichon-comtesse 2009 et, pour le dessert, panna cotta aux agrumes, granité à l’orange sanguine, avec rieussec 2003.

Le Grand Véfour purée de pomme de terre, jus aux truffes, avec château-la-lagune 2011.

Les Marches l’incontournable chou farci, avec château-la-lagune 2011.

Matsuhisa, Le Royal Monceau Sashimi Scallops New Style – de délicates saint-jacques saisies à l’huile de sésame, assaisonnées d’une touche de yuzu, de soja et de ciboulette – avec château-palmer 2006, un accord qui peut paraître surprenant, mais qui se révèle pourtant divin.

Restaurant Pierre Gagnaire grosse langoustine croustillante 1982, pommes soufflées au sumac et flambées au vieux rhum, gelée de cidre fermier sur une crêpe de blé noir, raviole imprimée d’herbes, salpicon au curry vert, avec domaine-de-chevalier 2012.

La Grand’Vigne, Les Sources de Caudalie promenade au potager, tarte aux premiers petits pois de printemps, avec domaine-de-chevalier 2012.

Flocons de Sel tourte de Chamois, jus de gibier aux truffes, avec un clos-fourtet 2005.

On le voit, l'idée Carte sur table a pris des épaules. Au moins dans l'esprit des restaurateurs et c'est une très bonne nouvelle. Pour ceux qui veulent plus de détails, les big boys de Bettane+Desseauve se sont collés à la dégustation complète. On se cultive en lisant leurs propos sur enmagnum.com (c'est aussi là que vous trouverez les coordonnées des restaurants).

lundi 12 mars 2018

Mes magnums (59)
un grand champagne non dosé


Champagne Ayala, Brut Nature

Pourquoi lui
Parce que Ayala, parce que Bollinger, parce que l’équipe en place trace sa route loin de la maison-mère, parce qu’il n’y a pas d’erreur, parce que les vins sont bons, de plus en plus. Ayala, c’est un succès à verser au chapitre Redressements spectaculaires.

On l’aime parce que
C’est un champagne franc du collier, vif, désaltérant, le genre qui se boit tout seul, les amis aux anges, les anges sont des amis. C’est un champagne non dosé (sans sucre ajouté) et on aime ce coup de fouet-là.

Combien et combien ?
Environ 1 500 magnums, 75 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Pour lui-même, avec des éclats de parmesan ou des gougères de la Maison Pou. Même les buveurs d’étiquettes vont adorer l’étiquette.

Il ressemble à quoi ?
À un outsider revenu du fond du classement. Ce qui fait plaisir à voir, à boire. Un bon champagne abordable, aussi. Un beau non dosé, enfin.

La bonne heure du bonheur
À l’apéritif, définitivement. Ou après dîner, pour se refaire un palais tout neuf.

Le hashtag
#champagnediet

Le bug
Le rosé du même Ayala est parfait, faut-il choisir ?

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Impeccable brut non dosé, sans la raideur que l’on retrouve pour tant de ces cuvées, mais au contraire un fruit remarquablement exprimé et une allonge en souplesse. Idéal pour concilier les esthètes du champagne et les gourmets. 16/20


Cette chronique a été publiée dans En Magnum #10.
Le numéro 11 est attendu le 30 mars chez votre marchand de journaux.

mercredi 7 mars 2018

Mes magnums (58), un sauternes adorable
et pas hors de prix pour ce que c'est


Château Lafaurie-Peyraguey, premier cru classé, sauternes 2013


Pourquoi lui

Parce que Silvio Denz, le nouveau propriétaire, est un as du renflouement de vignobles. Il a déjà quelques réussites à son actif, à Saint-Émilion comme en Italie. Ici, sur les 36 hectares du domaine, il a bien l’intention de faire un très grand vin et de conjurer le mauvais sort qui s’acharne sur l’appellation. Lui, il ne voit pas le problème et il a bien raison.

On l’aime parce que
Sa richesse somptueuse qui ménage toute la place à la finesse attendue, la persistance interminable, l’exercice de style dans sa perfection.

Combien et combien ?

2 500 magnums, 100 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Il paraît que le sauternes, c’est clivant. J’ai toujours vérifié le contraire. Un magnum à partager avec vos meilleurs amis, ceux qui vous font confiance, ceux à qui vous avez envie de faire plaisir.

Il ressemble à quoi ?
Comme tous les grands liquoreux, à un rayon de soleil au fond d’un verre.

La bonne heure du bonheur
Trop grand vin pour être servi à l’apéritif, il accompagnera divinement une poularde de Bresse en suprême. Et, après dîner, il passera au salon pour devenir vin de méditation. Ou de conversation, ça dépend des convives.

Le hashtag
#neverwithoutmysauternes

Le bug

La communication des sauternes est illisible, voire inexistante

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Immense réussite, somptuosité et finesse incarnées, fruité prestigieux, très long, vraiment digne de son terroir. 18,5/20



Cette chronique a été publiée dans En Magnum #10. Le numéro 11 est attendu le 30 mars chez votre marchand de journaux.

jeudi 1 mars 2018

Les pesticides, la télé à scandale
et une réponse cash

Ce mardi 27 février 2018, a été diffusé sur France 2, Cash Impact,
« Pesticides : notre santé en danger ». Je n’ai pas vu l’émission, pas voulu m’énerver devant ma télé, autre chose à faire, la vie, quoi. Plus tard, je reçois un communiqué de presse en provenance de la filière des vins de Bordeaux, présidée par Allan Sichel. Je trouve cette réponse particulièrement bien argumentée et très juste dans ses précisions face aux approximations d’une télé à scandales.

On lit attentivement : 

« − Cash Impact aurait pu dire que des molécules de produits interdits depuis plus de 10 ans peuvent encore laisser des traces dans l’environnement, c’est pour cela qu’ils ont été interdits.
 − Cash Impact aurait pu révéler que le Diuron, bien qu’interdit depuis 10 ans en agriculture, est toujours autorisé pour d’autres usages, notamment le bâtiment (peintures et anti mousses de façades).
 − Cash Impact ne devrait pas laisser croire, sans preuves, que des viticulteurs fraudent en achetant à l’étranger des produits interdits en France.
 − Comme Allan Sichel s’y était engagé lors de son interview avec Elise Lucet, le CIVB a investigué. Il est en mesure de révéler aujourd’hui que toutes les parcelles de vigne situées à proximité des écoles mentionnées dans Cash Impact, c’est-à-dire Listrac, Arcins et Pauillac sont aujourd’hui traitées avec des produits homologués en bio ce qui atteste donc de
contaminations anciennes pas nécessairement agricoles.
 − Cash Impact aurait pu souligner la division par deux des ventes de pesticides classés CMR en Gironde entre 2014 et 2016 : 850 tonnes en 2016 contre 1 800 tonnes en 2014, soit – 55 % en trois ans (Source DRAAF Nouvelle Aquitaine).
 − Cash Impact aurait pu parler de la baisse de 35% des ventes d’herbicides en Gironde entre 2014 et 2016 (Source DRAAF Nouvelle Aquitaine)
− Cash Impact aurait pu montrer les vignes arrachées près de sites sensibles (écoles, crèches)
 − Cash Impact aurait pu donner le chiffre de 1,3 km de haies protectrices, plantées depuis 2014 près des sites sensibles de la seule AOC Blaye Côtes de Bordeaux.
 − Cash Impact aurait pu souligner que 745 sites sensibles font l’objet d’une information spécifique et que 903 viticulteurs sont désormais alertés chaque année à la nécessaire vigilance qu’ils doivent avoir vis-à-vis de leurs voisins.
 − Cash Impact aurait pu rappeler que la Gironde est le premier département de France en tonnage pour les pesticides agréés en agriculture biologique. Ils représentent d’ailleurs plus de 35 % du tonnage total des pesticides utilisés à Bordeaux, en augmentation de 30% par rapport à 2015 (Source DRAAF Nouvelle Aquitaine).
 − Cash Impact aurait pu ainsi expliquer qu’un grand nombre de viticulteurs de Gironde utilisent des pesticides certifiés bio, même s’ils ne font pas partie des 7% du vignoble en agriculture biologique.
 − Cash Impact aurait pu parler du travail des professionnels bordelais pour obtenir la ré-homologation du cuivre et de la bouillie bordelaise tellement indispensables à la viticulture bio et à la viticulture conventionnelle.
 − Cash Impact aurait pu souligner l’action de la filière dans la recherche et les évolutions règlementaires pour l’obtention de cépages naturellement résistants qui permettent de diminuer de 80% le nombre de traitements par an.
 − Cash Impact aurait pu mentionner que plus de 60% des entreprises de la filière viti-vinicole bordelaise sont maintenant engagées dans une certification environnementale.
 − Cash Impact aurait pu interpeller les firmes agrochimiques sur l’insuffisance de leurs investissements pour l’obtention de solutions alternatives du type « bio contrôle ».
 − Cash Impact aurait pu s’interroger sur la façon dont les firmes agrochimiques se dégagent de leurs responsabilités sur le dos de leurs clients agriculteurs et viticulteurs. Elles tiennent un double discours qui promeut le tout chimique et dans le même temps imposent des consignes de sécurité irréalistes avec le port d’équipements de protection individuels, tout en sachant qu’ils sont insupportables sous la chaleur de juillet.

Le sujet des pesticides mérite d’être traité avec rigueur et justesse sans aucun sensationnalisme.
Il n’y a pas d’omerta à Bordeaux.
Les professionnels des vins de Bordeaux souhaitent que le Ministère de l’Agriculture accompagne les viticulteurs dans un plan de sortie des pesticides, d’ailleurs proposé dans le plan filière remis à Monsieur Stéphane Travert le 29 janvier 2018.
Enfin, les professionnels des vins de Bordeaux interpellent les firmes agrochimiques et attendent qu’elles proposent des solutions alternatives sans impact sur la santé des viticulteurs, des ouvriers agricoles et des riverains.
Les femmes et les hommes du vin de Bordeaux, les vignerons, les négociants, leurs salariés, tous ceux qui travaillent pour cette filière, déjà pleinement engagés dans la transition écologique, sont fiers d’être les artisans du changement qu’ils mettent en oeuvre avec volontarisme.
Bordeaux a pris un virage historique. »

Bref, à Bordeaux, personne n’est engagé dans lextermination de sa clientèle. On s’en doutait un peu. Bravo à ceux qui ont réagi aussi vite et aussi bien.

 

mardi 13 février 2018

Buzyn, ça rime pas avec vin

À la suite des mauvaisetés proférées par la Ministre de la Santé, une dame Buzyn, le président de Vin et Société a fait la déclaration reproduite ci-dessous. C’est peu de dire que nous partageons chaque ligne de ce manifeste. Dans le contexte, les propos de la ministre sont d’autant moins audibles qu’il me semble que tout ça était réglé et confirmé par une déclaration du président Macron qui expliquait que « le vin était l'âme de la France ». Agnesse, qu’est-ce que tu fais dehors à cette heure ? Ce côté carabiniers, ça te va comme un tablier à une vache, arrête. C’est réglé, on te dit. Bon, en même temps, Agnès, c’est pas Simone, ça va moins vite.
Voilà le texte de Forgeau. Il est bien.

« Un courrier de la Présidence de la République fin janvier 2018, avait permis de lever les craintes sur la politique de "dénormalisation" de la consommation de boissons alcoolisées envisagée par le gouvernement dans sa Stratégie Nationale de Santé, publiée le 31 décembre 2017. En distinguant les consommations excessives et à risque et en nous proposant de participer à une politique de prévention sans précédent dans notre pays, le président de la République a envoyé un signal fort et un message clair, faisant la démonstration que les vieilles idéologies avaient vécues. N’en déplaise à certains. Les déclarations d’Agnès Buzyn sur France 2, le 7 février, lors du débat "L’alcool, un tabou français" ont stupéfait la filière viticole. Nous sommes consternés d’entendre selon les propres termes de la ministre : "avec modération (…) c’est un mauvais mot ; "l’alcool est mauvais pour la santé" serait le vrai message de santé publique".
Cette position est à contre-courant de la direction politique indiquée par la Présidence de la République qui a invité la filière vitivinicole à formuler des propositions en matière de prévention. Nous travaillons actuellement à l’élaboration d’un Plan de prévention qui sera finalisé à la fin du printemps 2018. Dans ce contexte, ces déclarations intolérables sont vécues comme une véritable provocation par les vignerons qui se sentent stigmatisés alors qu’ils sont engagés depuis plusieurs années pour promouvoir la consommation responsable. Exclure le principe de modération, c’est remettre en cause une approche juste et équilibrée qui condamne l’excès et accepte l’idée d’une consommation modérée et de partage dans notre société. Vin & Société s’interroge sur la ligne directrice réelle des politiques de santé publique voulues par le gouvernement. Quelle place pour le vin dans notre société ? Allons-nous vers la promotion de l’abstinence et de la prohibition ? Représenter les intérêts de la filière viticole n’est pas immoral comme certains voudraient le faire croire. Cela nous donne au contraire des devoirs : la filière ne se substitue pas aux acteurs de santé ni aux scientifiques. Elle peut être force de proposition et promouvoir les bons comportements sur le terrain. La filière vitivinicole est convaincue que l’éducation, la connaissance et la transmission sont les bons chemins pour mener à bien la « révolution de la prévention ». Vin & Société est aux côtés du gouvernement pour être force de proposition et lutter contre les excès de la consommation d'alcool. En revanche, elle n’acceptera jamais un double langage, la stigmatisation de son produit et, à travers elle, celle des femmes et des hommes qui le font. Le vin est un produit de civilisation. Nous en sommes tous responsables, il constitue une richesse patrimoniale pour notre pays qu’il nous appartient de transmettre ». 


Paris, le 13 février 2017. C’est frais du jour.

Tiens, une photo de la dame Buzyn. C’est dans les yeux.




La photo : vient du site du quotidien L’Opinion

mercredi 17 janvier 2018

Mes magnums (57), le mercurey inconnu qui déboule sabre au clair

Mercurey, Clos Marcilly premier cru 2014, Les héritiers Saint-Genys 
 

Pourquoi lui
Deux raisons. Ce clos-marcilly est l’un des cinq premiers crus historiques de Mercurey, ce qui pose son homme. La côte chalonnaise est l’un des sourcings les plus fiables qui se puisse trouver. « Jamais déçu avec un côte chalonnaise » disait volontiers une charmante vieille dame de ma connaissance. Qui ne s’y connaissait pourtant pas beaucoup.

On l’aime parce que
À l’envers de l’ambiance du moment en Bourgogne, pas de vinification en vendanges entières, mais un égrappage total. Bien ou pas bien ? Au fond, personne n’en sait rien puisque tous arrivent à des résultats d’exception en suivant des chemins radicalement opposés. C’est juste affaire de convictions.

Combien et combien ?
200 magnums, 57 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Avec ceux de vos amis qui ont compris que les vins de la côte chalonnaise (rully, bouzeron, mercurey, givry, montagny) sont de parfaits bourgognes, mais moins chers que les autres et que ça ne durera pas. Forcément.

Il ressemble à quoi ?
À une belle exécution du pinot noir poussé dans un clos cultivé comme un jardin.

La bonne heure du bonheur
C’est bien sûr un vin qu’on attend à table sur un filet de bœuf, des champignons (sans ail, évidemment) et des fromages bourguignons, type citeaux.

Il fait penser à
Jeune comme ça, en magnum, voilà un grand bourgogne qui mérite d’être attendu quelques années, mais qui, d’ici là, fait son effet tout de suite dans la catégorie « vins de soif de luxe ».

Le hashtag
#mercureyfirst

Le bug
Quelqu’un en vend à côté de chez moi ?

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Rien pour l’instant, mais comme c’est un vin d’une belle finesse, ça ne devrait plus tarder.


Cet article a été publié dans En Magnum #09 en septembre 2017 et sous une forme différente.
Le numéro 10 vient de paraître, il est en vente chez votre marchand de journaux. Il ressemble à ça :





lundi 15 janvier 2018

Mes magnums (56), un best buy à Bordeaux

Château Marquis de Terme, grand cru classé en 1855, margaux 2015 


Pourquoi lui 
Parce qu’il est infiniment agréable de dire au monde le bien qu’on pense du vin de quelqu’un qu’on estime. Le directeur général des vignobles Sénéclauze, à qui l’on doit la renaissance du cru, s’appelle Ludovic David. Il a passé quatre années au sein de l’organisation Bernard Magrez, véritable université du vin qui forme in situ les cadres supérieurs de la filière aux arcanes de la production de grands vins. Et où chaque structure concurrente vient se servir en professionnels de haut niveau sans autrement de scrupules.

On l’aime parce que
Un margaux, grand cru classé de 1855 dans un millésime de grande garde et à ce prix-là, je vous fais un dessin ou je vous mets trois caisses de six magnums directement ?

Combien et combien ?
3 000 magnums, 82 euros le magnum

Avec qui, avec quoi ?
Là encore, choisissez une réunion d’esprits libres, de ceux qui savent que le bordeaux-bashing est une imposture, qui comprennent ce que le mot « complexité » veut dire s’agissant d’un vin. Et prenez le temps de les choisir avec soin, ce vin donnera son meilleur dans une dizaine d’années. Mais il est déjà bon aujourd’hui, comme tous les grands vins.

Il ressemble à quoi ?
À ces super-bordeaux qui font l’essentiel du retour en grâce du bordeaux. Ce concept inventé sur un coin de table de réunion par Thierry Desseauve s’articule autour de trois axes, le plaisir immédiat, la qualité de la promesse dans le temps, le prix. Ce marquis-de-terme joue dans cette cour.

La bonne heure du bonheur
À table et nulle part ailleurs, on n’est pas à NYC et ce n'est pas un apéro

Il fait penser à
Au plaisir de rentrer chez soi après les vacances. On peut se promener partout, mais quand on revient, c’est dans un verre de bordeaux.

Le hashtag
#bordeauxestgrand

Le bug
On n’en voit (boit) pas souvent

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Harmonie onctueuse et brillante, grand velouté, subtil. Complet, grande couleur, grand corps, magnifique velouté de texture, finesse réelle d’extraction, un vin au cœur de la grande réussite de cette appellation et un grand vin encore accessible en prix.
18/20

Cet article a été publié dans En Magnum #09 en septembre 2017 et sous une forme différente.
Le numéro 10 vient de paraître, il est en vente chez votre marchand de journaux. Il ressemble à ça :



lundi 8 janvier 2018

Mes magnums (55),
un grand du Chili (très bon)

Almaviva, chili 2014, Baron Philippe de Rothschild
et Viña Concha y Toro


Pourquoi lui
Nous sommes sensibles à toutes les bonnes idées. Là, refaire l’histoire de Opus One, mais au Chili, se réincarner dans l’accord Philippe de Rothschild – Robert Mondavi, c’était un pari. Il date de 1997 et c’est Philippine de Rothschild qui a poussé les propriétaires de l’immense affaire familiale chilienne, Concha y Toro. Le résultat est là, c’est un grand vin du Chili. Il y en a d’autres, mais celui-là, il est dans nos pages.

On l’aime parce que
Tout l’esprit de Bordeaux interprété par les terroirs chiliens. C’est un bordeaux blend augmenté de carménère, cépage quasi-emblématique du Chili. Bref, cinq cépages dans votre verre, voilà qui promet des complexités interminables, quelle chance.

Combien et combien ?
Quantité « limitée ». 220 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Éliminez d’entrée les forts en espagnol, ce n’est pas le sujet. Préférez des curieux, des pointus qui sauront dire : « Tu le sens, ce petit goût d’eucalyptus ? », même si ce n’est pas le cas.

Il ressemble à quoi ?
L’Amérique, mais du Sud. Avec une trame tannique fine et racée, comme nos beaux crus classés.

La bonne heure du bonheur
On le boira à table, bien sûr, avec une gastronomie goûteuse, de la belle viande, un beau cochon, un plat de ménage relevé.

Il fait penser à
À ce héros hispanique tout droit sorti de la littérature française (Le Mariage de Figaro, Beaumarchais), ce qui lui confère une légitimité toute trouvée.

Le hashtag
#chilebyheart

Le bug
On n’en boit jamais.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Le Bettane+Desseauve n’en dit rien, le Bettane+Desseauve se concentre exclusivement sur les vins français.


Cet article a été publié dans En Magnum #09 en septembre 2017 et sous une forme différente.
Le numéro 10 vient de paraître, il est en vente chez votre marchand de journaux. Voici à quoi il ressemble :